[Ce billet a été originellement publié sur janeck.net]

En ce jour de Thanksgiving, j'aurais bien aimé être aux US pour manger de la dinde farcie, de la purée de patates douces, du gâteau à la carotte et à la cannelle, de la tarte aux noix de pécan... Au moment des grâces, j'en aurais profité pour remercier le pays de la consommation toute puissante du premier amendement de m'avoir fait découvrir ce qu'est un pays où le client est roi. Il y a toujours un vendeur disponible pour t'aider, un pompiste pour faire le plein du 4x4, un agent de police pour t'indiquer le chemin et même un monsieur parcmètre
pour te donner un ticket à glisser derrière le pare-brise. Alors forcément, ce modèle permet de maintenir des milliers
d'emplois (précaires). Pour beaucoup (plus de 7 millions aux US, mais l'Europe n'est pas en reste), tu cumules les boulots minables et tu t'en sors pas vraiment bien, tu es un travailleur pauvre comme on dit.
En France, ça fait un moment que la plupart de ces petits boulots
ont été supprimés et, pour reprendre l'énumération du début, les vendeurs, pompistes, gentils policiers et monsieurs parcmètre ont été respectivement remplacés par :
- personne, t'as qu'à attendre qu'un autre vendeur soit disponible.
- personne, t'as qu'à faire le plein tout seul.
- personne, t'as qu'à acheter un GPS, de toute façon les flics ne sont pas là pour t'aider.
- une machine à l'autre bout de la rue, donne lui de la thune et t'auras pas de PV.
Donc faut-il souhaiter plus d'esclaves pour faciliter la vie ? Ok, la réponse est dans la question. N'empêche que conserver les petits boulots (aussi pourris soient-ils), c'est conserver des emplois mexicains américains. Les remplacer par une machine, c'est participer au fonctionnement d'une industrie qui fournit du travail à plein de monde, disons que c'est l'approche française. On ne peut pas vraiment féliciter une méthode plutôt que l'autre. En plus j'en sais rien, je ne suis pas économiste.
Par contre, en temps que citoyen-consommateur, j'ai bien l'impression que l'automatisation vire de plus en plus au n'importe quoi. J'étais déjà sceptique devant les nouvelles caisses automatiques de supermarché où je dois faire la caissière pour le même prix (et c'est sans compter sur mon pouvoir de super héros qui fait que j'ai toujours un article sans prix ou dont le code-barre ne passe pas). Le niveau supérieur a été atteint avec Auchan qui me prête maintenant un pistolet-lecteur pour que je fasse mes courses. En gros, je scanne mes articles au fur et à mesure que je les mets dans le panier. Donc non seulement je fais la caissière et je me trimbale avec un gun en plastique, mais en plus j'ai l'impression de faire l'inventaire du magasin.
Dernier exemple en date, je suis allé au MacDo hier (bouh, pas bien, mais bon j'étais malade tu vois et j'en avais marre de manger boire de la soupe). C'était une commande à emporter, donc le principe est simple : j'arrive au comptoir, je parle avec Cindy et son badge Je m'appelle Cindy et je suis en formation
, je paye et je repars avec mon petit sac en papier 100% recyclé. Bref, le gros de la transaction se fait avec un être humain. En vrai, Cindy m'a demandé de passer ma commande sur l'écran en me montrant du doigt un mur de bornes tactiles SNCF (mais beaucoup plus petites, ils ont moins de place que dans un hall de gare chez MacDo). Je me suis exécuté sur la borne Easy Order
: Menu > Maxi Best Of > Savoury > Potatoes > Ice Tea > Valider > Insérez carte > Tapez code > Impression en cours > Allez récupérer votre commande numéro 353. Quelques secondes plus tard, j'ai entendu une voix qui appelait mon numéro. J'ai tendu mon ticket au comptoir en échange d'un sac en papier. Cindy m'a dit au revoir et s'en était fini. Je suis ressorti abasourdi. Temps total passé chez MacDo : à peine plus d'une minute et 3 phrases échangées avec un humain : Utilisez une borne
, Numéro 353
et Bonne soirée
.
Il est donc là le MacDo du futur : même plus besoin de se faire chier à embaucher des étudiants-sans-le-sou pour tenir les caisses, une armée de pakis en cuisine suffira. Christophe Poirier, directeur marketing de KFC France dit avec ces bornes, nos clients ont l'impression d'être plus libres
. Personnellement, j'ai plutôt l'impression d'être encore plus un gros connard qui méprise des employés sous payés en les reléguant de manière flagrante au rang de machine-outil. Si j'ai fait l'effort de lever mon cul du canapé au lieu d'appeler pour me faire livrer, c'est pas pour rien non plus. Moi j'aime bien les aléas du fast food et l'attente passée à écouter les conneries des gens qui font la queue. Même plus le plaisir de blaguer avec la serveuse (qui n'en a rien à foutre ?) Ne reste plus que le goût unique du burger industriel. Et merde.
Source: McDonald's et Quick s'attaquent à l'affluence
des heures de pointe in Le Figaro du 21 janvier 2009.
Image: South Park Jay Leno Short
in The Tonight Show
Nov 1997.
Derniers commentaires
mercredi 10 mars 2010,22:44
vendredi 26 février 2010,18:37
mercredi 24 février 2010,23:30
lundi 15 février 2010,16:17
samedi 13 février 2010,01:36
lundi 8 février 2010,15:40
dimanche 7 février 2010,07:21
lundi 18 janvier 2010,00:08
vendredi 15 janvier 2010,15:31
vendredi 15 janvier 2010,07:49