French Riot

Paris is burning, respect is sleeping.

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Vendredi 17h, je prends la route en direction de Barcelone. C’est bon, je suis rodé et mon itinéraire va se dérouler comme un vol trans-atlantique où la distribution des plateaux repas est soigneusement planifiée en fonction des programmes télé. Donc c’est parti pour un Toulouse-Narbonne au milieu de nos « amis » les routiers. S’en suivra une 2×3 voies en territoire occitan sous une météo clémente mais ultra venteuse – comme d’habitude il faudra cramponner le volant de la micra pour ne pas trop mordre la ligne blanche. Une fois arrivé en Espagne, il restera 90 minutes de trajet parmi les automobilistes espagnols dont la conduite hystérique rappelle les autoroutes françaises, période avant Sarko et ses armées de radars. Bref, un trajet un brin monotone mais dont la bande son a maintenant fait ses preuves : France Inter jusqu’au Perthus puis enchaînement sur les CD/MP3, entrée en terre espagnole oblige.

Pas démonté par la bien déprimante série sur le lobbying dans l’émission de Daniel Mermet à quelques semaines du référendum pour le traité sur la ratification du projet de constitution européenne (ouf !), je me suis donc lancé pour 54 minutes de « Là-bas si j’y suis ». Il faut dire que ces moments où l’on est fier de payer la redevance sont rares, alors autant en profiter. Bref, l’émission s’ouvre sur le traditionnel répondeur de l’émission où les messages s’avèrent bien plus remontés qu’à l’accoutumée. Je m’interroge. Il y est question de banlieue, de racaille et d’événement ; le mot magique qui veut tout et (surtout) rien dire à la fois. Daniel annonce la couleur : les deux dernières émissions « Clichy-sous-bois, quand la police provoque… » ont déchaîné les passions et le numéro d’aujourd’hui sera entièrement consacré aux messages de ce fameux répondeur. Seul problème : je n’ai pas écouté les émissions précédentes. Je me suis donc livré à un Jéopardy qui consistait à deviner quels « événements » avait bien pu provoquer de si vives réactions. Le mystère a été levé avec le flash info de 18h. Des histoires d’émeutes un peu partout en France avec à la clé un chiffre : 418 voitures avaient été incendiées dans la nuit précédente rien qu’en région parisienne. Ca fait beaucoup.

C’est difficile à croire, mais quand on a beaucoup (trop) bossé pendant 5 jours, on arrive à passer à côté de pas mal de choses. Il suffit de lire un bouquin dans le métro pour éviter la gentillette presse gratuite du matin. Il suffit d’avoir fait le plein de podcasts sur le site d’arte radio pour ne plus allumer le poste. Il suffit de prendre ses pauses cafés à l’arrache et de bien déconner à la cafétéria pour ne pas aborder les sujets qui fâchent. Il suffit enfin de passer ses soirées à dévorer la 2ième saison de Lost pour penser plus à Jack qu’à soi-même. Bref, je n’étais pas du tout au courant de tout ce bordel.

Mais – parce qu’il y a toujours un « mais » – la magie des média opérant à nouveau, il aura suffit d’un week-end pour que les derniers retardataires fassent le plein de « trucs » à raconter. J’avais quitté Toulouse avec, comme information principale en ouverture du JT, la mort de 12 étourneaux en Roumanie et je rentrais ce lundi avec une actualité beaucoup plus enflammée. Certes j’habite chez les riches depuis peu, mais je travaille chez les pauvres, au Mirail, là où une voiture (au moins) brûle chaque nuit, d’après les toulousains… Alors je n’irai certainement pas jusqu’à dire que je connais la banlieue, mais bon, à priori, si quelque chose s’y passe, je risque de m’en rendre compte sur le trajet. Et là non, rien. Il faut dire que tout avait commencé à Paris, à la Capitale, donc bien loin de la ville rose. Ici, les gens ne se sentait pas concernés. Mais maintenant, ça ne rigole plus : hier un bus toulousain attaqué puis brûlé (merci maman de t’inquiéter pour moi). Du coup plus un seul bus en ville ce matin et plus de métro ce soir ; enfin si, mais que chez les riches, histoire de s’assurer que les pauvres sans scooter ne pourront pas venir dans le centre. Pendant ce temps, la ville est envahie par les cars de CRS et je ne suis pas envahi par un sentiment de sécurité pour autant…

Bien entendu je me suis rattrapé depuis. J’ai fait le tour du web (oui enfin Google news, sponsorisé par l’UMP), écouté les anecdotes des collègues (ce que les gens retiennent de l’actualité…) et feuilleté Le Monde (oui bon ok, c’était surtout pour la nouvelle maquette). Au final, j’ai retenu deux récits bien différents. Le premier est un article de la BBC (merci Pierre) où je me suis pris à rêver du Grand Jour… mais en fait non. Cet édito est très bien écrit mais je n’arrive pas à y croire. Le raisonnement est très juste mais l’hypothèse de départ me semble fausse et j’ai bien peur que la comparaison avec mai 68 s’arrête là. Puis, au détour de la pédéblogosphère et dans un registre incomparable, je suis tombé sur un post du charmant Matoo – ça se passe vers le début de cette page. Mes fantasmes de révolution ont été confrontés à un pragmatisme (de droite ?) qui sonne tellement vrai… que je n’ai pas envie d’y croire.

Enfin je suis content. Pour moi, le concept de couvre-feu était un truc incroyablement vieux datant au mieux de la seconde guerre mondiale. Ca me rappelle les histoires de mon grand-père au coin de la cheminée et les films en noir & blanc à la « Paris brûle-t-il ? » (ouais elle est un peu facile celle-là). Retour dans le présent ; je vais peut être moi aussi connaître le couvre-feu. Ouahhh !

Pour l’émission de France Inter, j’ai depuis refait le lien avec une info de la semaine dernière. Merci Benzeone.