Pendant ce temps là à Strasbourg

Ahhhh, l’Europe, espoir d’un monde meilleur pour certains, mère de tous les maux pour d’autres ! Loin des légendes urbaines (comme cette histoire de standardisation du diamètre du saucisson), l’Union Européenne travaille au quotidien pour le meilleur (i.e. pour le bien des gentils citoyens) comme pour le pire (i.e. au service des méchants lobbies industriels[1]). Dernier exemple en date au Parlement Européen avec les votes quasi-simultanés d’une directive pour l’allongement des droits d’auteur de 50 à 70 ans. C’est toujours mieux que les 95 ans initialement proposés… Un jour, il faudra réfléchir à un système similaire dans les entreprises, comme ça si on travaille sur un projet, après on touche des royalties en plus du salaire, même si on change de boite, même si on meurt (les royalties iront alors aux ayants-droit).

En même temps, le Parlement Européen a voté un accord sur la tarification du roaming. Je m’en réjouis et je ne dois pas être le seul — je ne dis pas ça uniquement à cause de ma dernière facture orange de 288 euros… Pour ceux qui ne le savent pas, le roaming[2] désigne cette superbe invention qui nous permet de téléphoner en nous déplaçant. Par extension, ce terme est généralement utilisé pour parler de l’utilisation du mobile à l’étranger. Bref, si vous avez déjà emporté votre mobile au-delà des frontières hexagonales, vous devez connaître la douleur qui s’en suit à la réception de votre facture. Parce que le roaming, au même titre que le SMS, c’est la poule aux oeufs d’or des opérateurs téléphoniques, ou comment facturer des centaines d’euros pour un service qui ne coute quasiment rien[3]. En pratique, le prix d’un sms, d’une minute d’appel et du méga-octet vers ou depuis un autre pays de l’UE sera divisé par 2 voire par 3[4]. Mon banquier et moi-même allons pouvoir souffler un peu.

Notes :
J’espère que vous avez apprécié ma super introduction De tout temps les hommes ont toujours…
[1] Si ce n’est fait, écoutez l’excellent reportage de Daniel Mermet dans Là-bas si j’y suis consacré au lobbies à Bruxelles.
[2] Wikipédia me souffle à l’oreille qu’on dit itinérance en français.
[3] Du moins, maintenant que la plupart des opérateurs sont implantés dans le monde entier ou bénéficient de partenariats à des tarifs largement inférieurs à ce qui nous est facturé.
[4] À partir de juillet, le prix d’un SMS envoyé de l’étranger ne pourra dépasser 11 centimes (hors TVA), soit une baisse qui pourra atteindre 80 % dans certains cas. À la même date, les tarifs pratiqués lors de téléchargement de données ou de recherche sur le web à partir d’un GSM seront plafonnés à 1 € par mégabit téléchargé avant de passer à 50 centimes. En juillet 2010, les messageries vocales consultées de l’étranger seront gratuites. Et les prix des appels passés d’un autre pays, plafonné une première fois en 2007, passeront progressivement d’ici à juillet 2011 à 35 centimes par minute et 11 centimes pour les appels reçus (hors TVA). in Libération du 11 mai 2009.

Le mercredi, c’est loppsi

Après DADVSI et HADOPI, bienvenue à LOPPSI (ça fait un peu salope non ?) ou loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure. Tout un programme. Comme toujours, ce projet part d’un bon sentiment : lutter contre la pornographie pédophile sur internet. Bon déjà, on peut se demander si, étant donnée la crise™ actuelle, il est pertinent de prévoir 2,5 milliards d’euros de budget pour lutter contre un fléau qui n’est sans doute pas en haut de la to do list des citoyens (voire de la police). Mais surtout, comme le rappelle Numérama, la dernière fois que le gouvernement a voulu lutter contre les crimes sexuels, on s’est retrouvé avec un fichier national automatisé des empreintes génétiques qui stocke aujourd’hui 800000 personnes d’après le Syndicat de la Magistrature. Donc, soit la réalité du pays m’échappe, soit notre Président-gloire-à-Satan n’est plus à un dérapage près. Mais peut-être suis-je un peu trop parano, à moins queBon, vite, je vais aller télécharger plein de films avec des enfants avant qu’il ne soit trop tard.

Illustration : photo prise dans les rues de Lyon.

Le mardi c’est homophobie

Dimanche, c’était la journée internationale de lutte contre l’homophobie. La mairie de Toulouse a profité de l’occasion pour afficher des 4×3 aux accroches tellement vraies du genre Les lesbiennes, ça me dérange pas tant qu’elles ne le montrent pas et Les gays, ça me dérange pas tant qu’il n’y en a pas dans ma famille. Bien vu.

Pendant ce temps, l’association Contact organise le deuxième printemps de lutte contre l’homophobie dont j’ai beaucoup aimé le visuel. Les créatifs avaient sans doute comme contrainte de trouver une photo avec des homos, certes, mais dans un environnement local. Le résultat m’a bien fait rire. Rien de significatifs pour les lesbiennes. Par contre, pour les gays, l’un des deux tient un ballon de rugby et l’autre arbore une superbe chaine en argent par dessus le t-shirt, le tout sur le joli fond champêtre d’un vignoble. C’est effectivement très sud-ouest !

Le mardi c’est Hadopi (et le mercredi aussi)

[Ce billet fait suite à ces deux articles.]

L’assemblée Nationale Française a donc dit oui à la fameuse loi Création & Internet plus connue sous le nom de loi Hadopi [1]. Incroyable mais vrai, nos 577 députés étaient présents ce mardi 12 mai contre 36 seulement lors du premier vote, le 9 avril dernier. Mais le faible score — un petit 53% [2] — montre bien que ce débat soit disant joué d’avance était loin de faire l’unanimité et ce, malgré une pression gouvernementale on ne peu plus forte, mêlée à un boycott des médias et un lobbying des majors. Tout un programme pour un pays dit démocratique.

Que pouvons nous retenir de cette jolie loi ? Qu’elle est inapplicable, liberticide et surtout, morte-née, puisqu’elle ne résoudra rien comme je l’avais déjà expliqué ici. On peut tout de même noter le cas de la Suède où le trafic internet a baissé de 33% au 1er avril dernier, jour de l’entrée en vigueur de mesures anti-piratages [3]. Ainsi, faute de sauver l’industrie musicale et cinématographique, il y aura sans doute un effet dissuasif, un peu comme les radars sur la route… En fait, cette loi se résume à une vaste campagne de communication pour dire au monde du cinéma et de la musique Regardez, on s’occupe de vous, pour rassurer les majors, pour taper du poing sur la table, pour se satisfaire d’avoir gagné même si ça ne change rien (c’est très sarkoziste gamin comme comportement).

Bien qu’inutile, cette loi débarque quand même avec son cortège de mauvaises nouvelles. En premier lieu, c’est la fin de la présomption d’innocence : si vous recevez un mail de l’Hadopi, il faudra prouver que j’vous jure m’sieur l’agent, j’ai rien fait !. Ensuite, c’est le début de Big Brother à la maison avec l’installation fortement recommandée d’un logiciel mouchard payant (!) du gouvernement qui s’assure que vous ne téléchargez rien d’illégal [4]. Enfin, c’est la mise en place d’un système administratif (la fameuse Hadopi, Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet) qui décide de ma vie personnelle (on coupe l’accès à internet) sans aucune décision judiciaire contrairement à tout ce qui concerne les libertés fondamentales (retrait du permis de conduire ou expulsion du logement). Sur ce dernier point justement, le Parlement Européen a adopté l’amendement Bono à 64% la semaine dernière [5]. Cet amendement fait partie du paquet télécom actuellement discuté au niveau européen, il donne obligation aux états membres de passer par un ordre préalable de l’autorité judiciaire avant toute suspension de l’accès à Internet. La France fait figure de mauvais élève en votant une loi nationale en désaccord avec le droit communautaire…

Hier, les sénateurs ont eux aussi adopté à 90% le texte du projet de loi [6]. Il ne reste plus qu’à publier le décret d’application dans les prochaines semaines. Et c’est là qu’on va rire, puisque, je me répète, cette loi est inapplicable. De plus, les fournisseurs d’accès internet qui sont au cœur de l’application de cette loi, sont particulièrement hostiles à la suspension de l’accès internet qui représente pour eux un vrai casse-tête technique (et un paquet d’emmerdes avec les clients et la hotline). En dernier recours, on peut compter sur un éventuel rejet du Conseil Constitutionnel Français ou une sanction de la Cours Européenne de Justice.

Entre temps, l’histoire agitée de la loi Hadopi aura mis en exergue l’inquiétante connivence entre le gouvernement, les média et les industriels; ça n’est pas un scoop. On savait déjà que notre pays n’avait plus rien à envier à l’Italie Berlusconienne, mais le récent licenciement de Jérôme Bourreau par TF1 [7] pour prise de position (personnelle) anti-Hadopi (dans un cadre privé) a de quoi inquiéter quant au respect de la vie privée. Heureusement, mon employeur n’a pas d’intérêt en jeu dans ce débat et cet article ne devrait pas se solder par un licenciement. To be continued…

Note : Je cite abondamment l’excellent Numerama qui, comme moi, est opposé depuis le début à la loi Hadopi (et son ancêtre DADVSI en 2006). Numerama a largement couvert le débat démocratique comme tous les journalistes auraient du le faire malgré la la crise™ ou la grippe. Leurs intentions ont le mérite d’être clair contrairement à TF1 qui cumule les titres paradoxaux de premier journal de France ET fervent défenseur de la loi Hadopi.

Références :
Image : graphique créé par votre serviteur mais c’était surtout pour m’amuser avec le logiciel Numbers d’Apple. Vous noterez quand même la petite barre rouge dans le camembert des députés qui ont voté pour. Il s’agit de Jack Lang. Va comprendre…
[1] l’intégralité du projet de loi Création & Internet ou loi Hadopi est disponible sur le site de l’Assemblée Nationale.
[2] L’assemblée nationale a adopté le projet de loi Création & Internet le 12 mai 2009 à 296 voix contre 233 et 28 abstentions. Source
[3] Source : Clubic Riposte graduée : -33% de trafic Internet en Suède
[4] Pour en savoir plus sur ce mouchard, lisez ces deux très bons articles sur le StandBlog et Le Monde.
[5] L’amendement 138/46 dit Amendement Bono (du nom du député français PS Guy Bono) voté au Parlement Européen le 6 mai 2009 à 407 voix contre 57 et 171 abstentions. Source
[6] Le Sénat a adopté le projet de loi Création & Internet le 13 mai 2009 à 189 voix contre 14. Source
[7] L’incroyable histoire de Jérôme Bourreau-Guggenheim viré de TF1 ici et . À lire : la réponse officielle de TF1.