Idée reçue 2683 : les américains sont à la pointe d’internet

Et tu croyais que les US étaient un pays hi-tech ? Dis merci aux années 80 qui t’ont fait gober tout un tas de connerie — avec le recul, il n’y avait rien de très avancé dans Wargames… Pourtant, quand j’etais petit, j’entendais toujours “ils ont 20 ans d’avance sur nous”… Alors oui, au pays de la consommation, c’est vrai qu’ils ont eu le Coca light et le Philadelphia avant nous, mais on s’en fout un peu, on a l’Orangina et le St Môret. Et puis de toute façon, je ne parle pas de nourriture industrielle mais du vrai progrès. Internet, par exemple, est né aux US. Les plus gros acteurs du web sont américains et, avant l’explosion chinoise, tout se passait ici. Donc forcement, internet aux US, c’est forcement mieux que chez nous, pas vrai ? On ne sait pas exactement “mieux comment” mais quelque part, c’est forcement un truc de ouf comme dans les films d’anticipation… Ah ah, la bonne blague ! Reviens Léon, internet aux US, c’est le moyen âge.

Question choix, ça commence mal car, bien que la liste soit longue, seuls 2 opérateurs relient mon quartier[1] – dois-je rappeler que j’habite dans le centre-ville de la capitale du plus grand état américain ? AT&T me proposait un débit de 6Mbps maxi (really?), alors j’ai pris Time Warner Cable qui me proposait “jusqu’à” 24Mbps comme j’avais en France. Les tarifs commencent à partir de 19,90$ par mois mais c’est hors-taxe, hors frais d’installation (29,98$), hors dépôt de garantie (300$), avec internet à 1Mbps, sans la télé, sans le téléphone. Ouch. J’ai donc construit mon offre “à la carte” (à prononcer avec l’accent américain) essayant d’obtenir une offre triple-play comme en France. Le minimum syndical en 2011 quoi. J’ai fait un petit tableau comparatif des tarifs mensuels ci-dessous[2]. Serre les fesses et prépare toi à mettre la main au portefeuille.

USA (Time Warner Cable) France (Free)
Internet
Wireless router not included included
TV
Access fee included 1.99€
Set-top box 8.99$ included
DVR 10.99$ included
PHONE
Call to domestic land phone free free
Call to international land phone 0.09$/min free
Call to domestic mobile phone ? free
Call to international mobile phone 0.26$/min ?
Service
Base service 137.99$ 29.99€
Service fees 0.98$ 5.99€
Taxes 14.91$ 6.00€
TOTAL
173.86$ (133.27€) 37.97€ (49.53$)

Le résultat est sans appel : c’est presque 4 fois plus cher et, pour ce prix, je n’ai pas de routeur, pas de wifi et pas les communications téléphoniques. Cerise sur le gâteau, Time Warner Cable s’est payé les services des plus grand créateurs de la planète et me propose le nec plus ultra en matière de design hi-tech. Photos à l’appui, je m’arrête là.

[1] Certes, si on ramène ça à l’échelle européenne en faisant la liste des opérateurs présents dans les 27 pays membres, seul un petit nombre est disponibles en France.
[2] Tarifs basés sur ma facture Free de mai 2011 et Time Warner Cable de novembre 2011. Taux de conversion euro/dollar au 17 décembre 2011. Prix des appels téléphoniques sur la base d’un appel USA/France.

This is my barrio

Alors oui, c’est vrai qu’il ne se passe pas une journée sans que je me demande ce que je suis venu foutre au milieu du Texas. Mais pour commencer, et pour qu’on arrête de m’en parler comme un état où la sodomie est passible de peine de mort, je t’invite à lire l’affaire Lawrence v. Texas ou comment la cour suprême a invalidé une vieille loi pour cause d’incompatibilité avec le quatorzième amendement – une bonne occasion de (re)lire la constitution américaine, un brin plus succincte que la notre, pleine de bonnes intentions avec l’article 18 qui met en place la prohibition et le 21 qui l’annule quelques années plus tard.

Le Texas donc, est le plus grand état américain (un peu plus grand que la France mais 2,5 fois moins peuplé), un sacré nid de connards républicains dont Austin la Démocrate est sa capitale. Cette bourgade (moins d’un million d’habitant) est une ville de hippies devenue repère de hipsters écolos et fiers de promener leur petit chien. Auto-proclamée “Live Music Capital of the World”, la ville est effectivement blindée d’innombrables bars où la country music règne en maître, mais pas que, ouf ! Voila pour le pitch. Pour le reste, tu peux toujours venir me rendre visite, j’ai acheté un canapé convertible dans un grand magasin suédois qui vient d’ouvrir ici.

Après 30 jours passés dans un appartement confortable et ennuyeux aux frais de la princesse (aka mon employeur), j’ai trouvé mon bonheur dans East Austin. Ce quartier pauvre explose les statistiques peu glorieuses (genre “chômage”, “criminalité” et “jeunes filles mineures enceintes”) mais connait le parcours classique des endroits sympas et près du centre-ville : d’abord des pauvres, puis les artistes arrivent, suivis des bobos et des classes moyennes / CSP+. Ce phénomène de gentrification (j’ai appris ce mot ici) est bien connu sur le vieux continent et décrit par les médias texans comme une tragédie. Quoiqu’il en soit, j’aurais pu trouver pire : East Austin est vraiment cool avec ses nombreux bars, ateliers et galeries d’artistes, le tout à un bloc du centre-ville. Bref, je vois beaucoup de blacks afro-américains et de latinos mexicains mais, n’en déplaise aux cowboys locaux, ils sont très gentils et sans doute moins armés que les blancs du coin.