Je ne travaille pas, je vote

En ce lundi 28 mai 2012, je ne travaille pas, c’est memorial day. C’est donc un weekend privilégié pour rendre hommage aux militaires américains, pourquoi pas. Mais il faut mettre ça dans le contexte : avec le cinemascope, la musique et le coeur gonflé à bloc. Au final, ils te feraient presque chialer ces cons. Je te jure qu’hier, à la maison blanche, Collin Farrell Powell a fait un discours presqu’aussi bon que son plus beau mensonge à l’ONU, un tube d’anthrax à la main. Et puis il a annoncé la suite du programme : l’orchestre philharmonique de je-ne-sais-où va maintenant jouer le morceau Honor composé par Hanz Zimmer (les cinéphiles apprécieront). Et pourquoi pas John Williams tant qu’on y est ? Alors soudain, tu vois des millions d’américains hyper émus alors qu’on entend un médiocre morceau avec des violons et des trompettes, comme dans n’importe quel film américain lorsqu’on voit la bannière étoilée. Dans la vie comme à l’écran.

Pendant ce temps là, je dois élire mon député d’Amérique du nord. C’est tout nouveau, c’est la première fois, donc forcement je suis tout excité… Sauf qu’il faut voter par internet. Ouais trop cool, pas besoin de sortir de chez soi – de quoi faire baisser l’absentéisme disent les spécialistes. Je m’en fous, je ne veux pas voter par internet, j’aime bien mettre mon enveloppe dans l’urne. Je ne suis pas vieux jeu, non, j’ai des vrais raisons; scientifiques j’entends. Entre les problèmes de sécurité et l’obscure système propriétaire qui fait tourner la boutique, je pense qu’il s’agit d’un risque pour la démocratie. Mais plutôt que de rentrer dans les détails techniques, je vais m’en tenir à ma simple expérience. Le mois dernier, j’ai reçu deux courriers du Ministère des affaires étrangères. Chaque lettre visiblement identique me disait de gratter pour découvrir un identifiant de vote (avec toujours cette stupide excitation de peut être gagner de la thune). Dix jours plus tard, j’ai reçu deux emails avec deux mots de passe différents. Donc aujourd’hui, j’ai pu voter deux fois. Et je l’ai fait. Ça marche. Je me demande si je peux faire invalider les élections ?

L’illusion du choix, t’as de la merde dans les yeux ?

Tout a commencé par une infographie reprise par la blogosphère. On y voit comment Kraft, Unliver et consorts se partagent les produits de notre quotidien. Rapidement suivies par d’autres parce qu’une image vaut mieux que mille mots et que le web aime (trop) les infographies en ce moment. Ainsi donc, la vérité éclate au grand jour, avec un peu de retard. Un peu comme on semble découvrir aujourd’hui que l’entrée de la Grèce dans l’union européenne était déjà controversée à l’époque — oui je m’en souviens, on en avait parlé en CM2 lors d’un exposé sur l’entrée de l’Espagne et du Portugal. Donc, sans surprise, le monde n’appartient pas au 99% mais plutôt aux 0,000001% (il manque sans doute des zéros). Et puisque l’heure est au patriotisme et au mythe de la ré-industrialisation, il serait temps que les consommateurs-citoyens prennent le temps de lire le dos de l’étiquette. Juste pour savoir que Maille et Amora sont maintenant américains (pire, les graines de moutarde de Dijon viennent principalement du Canada depuis des décennies), qu’Häagen-Dasz n’est pas une obscure maison scandinave mais bien une marque du géant américain General Mills, que Pringles est fabriqué par Procter & Gamble, leader mondial de la lessive, que Body Shop appartient à Liliane de Bettencourt, etc. Déjà, je ne suis pas un fervent défenseur de la théorie du complot mais là, c’est écrit sur l’emballage. Donc, si comme moi le matin il te faut une heure pour sortir la tête du cul émerger, (re)découvre le plaisir simple de la lecture du paquet de céréales au réveil. Non-content de contempler l’effrayante liste des ingrédients, profite de ce moment privilégié pour prendre conscience de la concentration industrielle de notre monde. Bref, lis la doc, bordel.

[image: the leo burnett blog]