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This is my barrio

Alors oui, c’est vrai qu’il ne se passe pas une journée sans que je me demande ce que je suis venu foutre au milieu du Texas. Mais pour commencer, et pour qu’on arrête de m’en parler comme un état où la sodomie est passible de peine de mort, je t’invite à lire l’affaire Lawrence v. Texas ou comment la cour suprême a invalidé une vieille loi pour cause d’incompatibilité avec le quatorzième amendement – une bonne occasion de (re)lire la constitution américaine, un brin plus succincte que la notre, pleine de bonnes intentions avec l’article 18 qui met en place la prohibition et le 21 qui l’annule quelques années plus tard.

Le Texas donc, est le plus grand état américain (un peu plus grand que la France mais 2,5 fois moins peuplé), un sacré nid de connards républicains dont Austin la Démocrate est sa capitale. Cette bourgade (moins d’un million d’habitant) est une ville de hippies devenue repère de hipsters écolos et fiers de promener leur petit chien. Auto-proclamée “Live Music Capital of the World”, la ville est effectivement blindée d’innombrables bars où la country music règne en maître, mais pas que, ouf ! Voila pour le pitch. Pour le reste, tu peux toujours venir me rendre visite, j’ai acheté un canapé convertible dans un grand magasin suédois qui vient d’ouvrir ici.

Après 30 jours passés dans un appartement confortable et ennuyeux aux frais de la princesse (aka mon employeur), j’ai trouvé mon bonheur dans East Austin. Ce quartier pauvre explose les statistiques peu glorieuses (genre “chômage”, “criminalité” et “jeunes filles mineures enceintes”) mais connait le parcours classique des endroits sympas et près du centre-ville : d’abord des pauvres, puis les artistes arrivent, suivis des bobos et des classes moyennes / CSP+. Ce phénomène de gentrification (j’ai appris ce mot ici) est bien connu sur le vieux continent et décrit par les médias texans comme une tragédie. Quoiqu’il en soit, j’aurais pu trouver pire : East Austin est vraiment cool avec ses nombreux bars, ateliers et galeries d’artistes, le tout à un bloc du centre-ville. Bref, je vois beaucoup de blacks afro-américains et de latinos mexicains mais, n’en déplaise aux cowboys locaux, ils sont très gentils et sans doute moins armés que les blancs du coin.

Bon vent connard

Donc je suis au Texas, mais avant d’écrire ce nouveau chapitre, il a fallu tourner la page toulousaine. Onze années dans la ville rose, dont six au penthouse. Je ne te parle pas de toutes ces teufs, tu y étais, et ce blog témoigne (un peu) de nos (trop nombreuses) nuits agitées. Il y avait donc une soirée de clôture et, si tu n’étais pas là, je m’excuse mais tu n’étais pas dispo ou alors tu n’étais pas invité – mais c’est pas moi qui gérait la guestlist. Le soleil a fait le tour de l’horizon. C’était parfait. Je t’épargne l’album facebook mais tu sais que je t’aime très fort quand même.

Ich bin ein Berliner (oder nicht)

[Ce billet a été originellement publié sur janeck.net]

Le jeudi 9 novembre 1989, je m’en souviens très bien, j’avais 13 ans, j’étais dans le salon familial avec mes parents. Il faisait nuit dehors, seules la cheminée et la télévision chauffaient la pièce. J’étais en haut d’un escabeau et j’aidais ma mère à installer des tentures sur les caissons des nouveaux volets roulants fraîchement posés. L’écran cathodique diffusait une émission quelconque lorsque soudain, un flash spécial vint interrompre les programmes. On connait la suite : images de mur détruit, grandes retrouvailles et foule euphorique.

Alors oui, la chute du mur de Berlin marque (le début de) la fin du monde bipolaire d’après-guerre. Sauf que pour moi, j’étais dans le camp des gentils et de l’autre côté du mur, c’étaient des communistes, des méchants. J’étais en troisième et, bien que bon élève, je ne lisais pas plus que la littérature scolaire, je ne regardais pas les informations, je ne lisais pas la presse. Alors, ce soir là, malgré l’ambiance festive outre-Rhin, je ne comprenais pas vraiment ce qu’il se passait. J’avais peur de voir des hordes de communistes débarquer à l’ouest.

Les jours suivants, j’ai lu les journaux, j’ai écouté mon cher prof d’histoire avec attention et j’ai compris. Compris que j’avais jusqu’à présent bien appris ma leçon de petit américain que je n’étais pas. J’avais été nourri à la télévision, j’avais une culture western à base de séries et de films hollywoodiens. Ma vision manichéenne du monde me convenait bien. C’est pratique le noir & blanc, sauf que la réalité est plus complexe. Comme tout dépucelage, la révélation fut brutale mais bénéfique. Le 9 novembre 1989 marque le début de ma conscience politique. Mieux vaut tard que jamais.

Image: Trabant par Genial23 utilisée sous licence Creative Commons

La ville en juin

Ma vie trépidante (métro/boulot/apéro) m’occupe beaucoup, ce qui est plutôt normal me direz-vous, vu que c’est ma vie. Je ne suis pas trop ici parce qu’il fait beau et chaud. Enfin c’est l’été quoi. Je ne décroche toujours pas du monde virtuel avec fessebouc et twitteur (toujours pas convaincu). Et puis il y a tous les flux rss que je lis au quotidien, sauf quand je suis dans le trou du cul du monde à la campagne sans réseau, et ça, c’est pas facile en 2009. Mon iPhone l’a très mal vécu alors je lui ai offert une mise à jour pour me faire pardonner. Je peux maintenant écrire les sms à la verticale ce qui me fait ressembler à un ado américain scotchant sur son sidekick, waouh ! Pendant ce temps là, je suis allé au vernissage de J et je ne peux que te le recommander (ouais, on arrête le vouvoiement, c’est lourd) alors dépêche-toi, c’est jusqu’au 11 juillet. J’ai vu l’avant-première espagnole de Objectified avec U. C’était en anglais/allemand/danois/français/japonais/portugais sous-titré anglais, ce qui est toujours mieux que les sous-titres catalans. Bon forcément je suis fan, mais je suis pas vraiment objectif (sic!) quand je vois une machine qui injecte du plastique pour faire des jolies chaises, le tout commenté par Jonathan Ive. Oui je sais, j’ai des drôle de trips. Attends que je publie enfin mon article sur Helvetica et tu comprendras.

Dans un autre registre, j’ai vu Mylène Jeanne Gautier en concert… Je remercie Ju pour l’invitation VIP et pour cette expérience incroyable en backstage …puis jusqu’au bout de la nuit au grand cirque, uh uh uh ! J’ai essayé d’écrire un billet à ce sujet mais j’ai pas (encore ?) réussi. En fait, je parle généralement de ce que j’aime, mais là, j’ai du mal. En tout cas, tu te doutes bien que musicalement, enfin… je veux dire au niveau de la mise en scène… enfin… ouais bon, je vais voir Radiohead à Leeds en août avec A, je serai sans doute plus inspiré. Et puisque je suis très people en ce moment (Eh, t’as vu ? Je suis dans la super liste de Matoo, la classe !), j’ai célébré les 10 ans de BPitch Control (check the picture… where is Charly?) sur un catamaran avec Ellen Allien et ses potes DJs berlinois. On était 200 je crois, c’était une sorte d’after du petit matin jusqu’à 16h, le temps de danser, transpirer, boire, manger… Merci les amis, c’était vraiment génial de nager en pleine mer et ce, malgré le traumatisme des dents de la mer toujours présent — pourtant ce film date de 1975, j’étais même pas né.

Last but not least, la septième édition des Siestes Électroniques vient de se terminer et je cache difficilement ma tristesse maintenant que le plus bel événement de la ville rose est terminé. J’étais beaucoup moins ému en apprenant la mort de MJ en plein concert jeudi dernier, ce qui est une parenthèse pas très heureuse pour t’inviter à lire Le Roi de la Pop est mort, vive la Pop. Bref, j’aime les Siestes parce que c’est simple, c’est là, dans l’herbe, au bord de l’eau, on écoute, on parle, on aime ou pas et en plus on y retrouve les amis, connaissances, amours d’un soir… Je vais t’épargner mon écriture laborieuse et laisser place à Wilfried Paris qui a écrit le texte suivant pour Chronic’art. Ça s’appelle Flâner n’est pas rêver et c’était dans les dernières pages de la brochure des Siestes.

« L’écrivain Cioran disait : “ L’événement le plus important de la deuxième moitié du XXème siècle, c’est le rétrécissement progressif de la taille des trottoirs. ”. Pour suivre le fil de cette pensée, on dira que la réduction de l’espace dévolu à la flânerie a été concomitante à l’industrialisation et au développement de la division du travail. Après tout, l’obsession de Taylor, qui a mis en application l’organisation scientifique du travail au XXème siècle, était bien la “ guerre à la flânerie ”, à l’oisiveté, à ce qui détourne le travailleur de sa tâche. De là l’atomisation générale caractéristique de la modernité économique, qui fonde la foule solitaire, où “ les hommes vivent ensemble, l’un à l’autre étrangers, et l’un près de l’autre voyageurs ” (Walter Benjamin). Si la ville est le lieu privilégié de la flânerie, parce qu’elle efface les traces et abolit les disparités sociales dans l’anonymat, donnant droit à la lenteur sans honte, la curiosité sans attente et la découverte sans a priori, jamais pourtant la difficulté de flâner ne s’était autant faite sentir qu’aujourd’hui. La solitude choisie, l’oisiveté extatique, la paresse tranquille, l’indécision assumée, “ sortir quand rien ne vous y force, et suivre son inspiration comme si le fait seul de tourner à droite ou à gauche constituait déjà un acte essentiellement poétique ” (Edmond Jaloux) n’ont jamais été si empêchés, encadrés et dictés par le corps social tout entier et toujours présent (téléphone portable), la technologie entourante (géolocalisation, vidéo-surveillance), le marché qui rythme le pas du marcheur (iPod).

C’est pourquoi il convient de saluer toute initiative qui vise à rendre au passant le monde extérieur, au spectateur le spectacle gratuit et permanent que constitue ce monde, au flâneur la flânerie. Le principe des Siestes Electroniques semble vouloir ainsi restituer au citadin ce qui devrait lui appartenir en droit : un temps libéré et un espace sans contraintes. Sises en extérieur, en plein air, en journée, dans un cadre naturel, les Siestes, si elles encouragent sans doute l’horizontalité et la somnolence, n’interdisent pas l’extase et la transcendance que la musique permet lorsqu’elle s’est affranchie des limites que l’industrie culturelle tend à lui assigner. Gratuité, absence de murs pour enceindre l’événement, elles relèvent plus de la proposition que de l’invitation, se laissent découvrir à qui fera l’effort de quelques pas, s’offrent sans autre contrepartie qu’un plaisir partagé. En ce sens, elles satisfont à l’exigence du flâneur, lui offrant cette liberté d’être dans le doute et l’irrésolution : ira, ira pas ? Désireuses de lui laisser le choix de son parcours dans la ville, lui offrant les espaces et les temps de latence pour nourrir son indécision, les Siestes Electroniques doivent permettre au contemplatif immobile, dont l’attente semble être l’état véritable, de devenir ce flâneur ivre de découverte, toujours irrésolu (en quête). En proposant un chemin sans direction, en offrant une disponibilité sans obligation, cette manifestation se donne pour généreuse mission d’éduquer sans chercher à convaincre, de divertir sans vouloir distraire (sans chercher à plonger le spectateur dans un rêve qui le réconfortera, dans l’oubli de sa condition). C’est en tout cas telle qu’on l’imagine, qu’on la voudrait.

Qu’est-ce qui permettra au consommateur de musique, passif et somnolent, de devenir poète flâneur, papillon de jour dubitatif ? Ce n’est pas à l’organisateur d’événements d’opérer cette métamorphose, mais bien au spectateur lui-même d’habiter ce dehors ouvert et ce temps libéré, et de renouer, par sa flânerie, avec un temps révolu, celui de l’enfance, qui a son état propre, l’émerveillement. C’est alors que des lointains — des pays, des époques — pourraient peut-être faire irruption dans le paysage et l’instant présent… Ce sera la récompense de celui qui aura préféré la flânerie, au sommeil. »

J’ai plus 15 ans

La dépression n’est jamais très loin. Il n’y aura pas de 33e paire de shoes pour y faire face. Du coup, j’ai complété mes 10 jours de chômage imposé avec mes 7 ertétés auxquels s’ajoutent les 4 jours fériés à venir et je te parle même pas des ponts. Manquerait plus que je solde mon compte épargne temps (arf!) et je bosse plus pendant 2 mois, comme l’été quand j’étais gamin. Bref, je vais pas foutre grand chose ces 8 prochaines semaines. La crise a parfois du bon. Je contemple les Pyrénées en buvant mon café et je me dis rien, parce que je ne suis pas philosophe. En fait si, je me dis putain t’as du cul, bordel. Pas uniquement parce que je suis vulgaire, mais aussi parce que ça va, on a vu pire. Surtout avec cette vue — manque plus que la mer. C’est ce qui est bien avec les moments difficiles, on se dit qu’on a de la chance. J’imagine que c’est un peu ce que notre président-gloire-à-satan veut qu’on pense. On se fait enculer à sec (c’est bien parfois) mais on se dit que c’est trop bien la life parce que tu vois, y a des pays où les enfants meurent de faim. Ouais, enfin la théorie du y a pire ailleurs, c’est vraiment un truc de loser, genre le management de ma boîte qui n’a trouvé que ça pour nous motiver — véridique. Donc si je comprends bien, quand ça ira mieux, on me dira que l’herbe est plus verte ailleurs ? Surement pas. Cherchez l’erreur. Donc je reste maintenant et je me casse dès que ça repart. Après cette putain de semaine de ouf dans ma teté, ça me fait au moins un élément de réponse tient. Merci aux potes pour le support en live, par mail ou par téléphone. Un jour, je vous dirai que je vous aime. De toute façon, Dieu reconnaitra les siens (il parait). Ca mérite bien un petit Radiohead à fond dans le casque ça. Weird Fishes ou Jigsaw Falling Into Place ? Toujours ces mêmes questions existentielles…

Photo: le chien puta de bcn.