Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’actualité française, la loi dite Création et Internet
ou Hadopi a été votée la semaine dernière au cours de la nuit du 2 avril dernier par 16 de nos députés à l’Assemblée Nationale. Cette loi répond au problème du téléchargement massif d’œuvres protégées sur internet par une réponse graduée
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En pratique, si je suis identifié comme ayant illégalement téléchargé du contenu protégé par des droits d’auteur, je reçois un mail d’avertissement. Au bout du deuxième mail, on me suspend ma connexion internet (qui du coup, ne me sera pas facturée — un sacré casse-tête pour les fournisseurs [Mise à jour du 8 mars : finalement non, les 7 députés et 7 sénateurs qui composent la commission mixte paritaire (CMP) ont décidé que l'internaute devra continuer à payer son abonnement même s'il est suspendu - Source]). Cette méthode est socialement, éthiquement et constitutionnellement douteuse, mais elle est surtout technologiquement foireuse. Beaucoup risquent de se faire accuser à tort et, a contrario, la plupart des coupables passeront entre les mailles du filet. Parce que, non seulement internet est l’endroit rêvé pour se faire passer pour quelqu’un d’autre (connexion depuis un accès public, vol d’identifiants, utilisation de la connexion du voisin…) mais surtout, les solutions pour y être invisible sont nombreuses (cryptage des données, réseaux privés virtuels VPN…) Et puis de toute façon, si on me coupe mon accès internet, je peux toujours me connecter en craquant un des 35 réseaux wifi que je capte depuis mon salon (mais là je deviens vraiment un méchant pirate, pas bien !) ou tout simplement me coller dans un McDo ou un Starbucks.
Cerise sur le gâteau, toutes ces dispositions se font en dehors du cadre judiciaire, via une nouvelle autorité indépendante
(mais alimentée par les dénonciations des diverses sociétés de protection des auteurs), la Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des Droits sur Internet, HADOPI. Imaginez un peu le monde de demain :
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Vous avez téléchargé un fichier illégalement.
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Ah bon ? Mais j’ai rien fait de mal moi.
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Prouvez le moi.
Désolé les gars, mais je suis présumé innocent, je ne veux pas d’une loi qui m’oblige à prouver mon innocence. Bien évidemment, la communication faite autour de cette loi est réduite au minimum (voire inexistante), et personne n’est encore descendu dans la rue pour protester contre ces mesures liberticides. Non pas que je soutienne le téléchargement illégal, mais tout simplement parce que cette loi porte atteinte à ma vie privée (oui j’échange des mp3 avec mes potes, même qu’il y a 20 ans on s’échangeait des VHS au collège, mais quand je vois toute la thune que je lache en cd, mp3, concerts, dvd, jeux vidéos, suis-je vraiment un dangereux délinquant qui tue la création ?) et intensifiera la fracture numérique (si je suis geek, je sais comment passer entre les mailles du filet, pour les autres, vous n’aviez qu’à faire des études d’informatique).
Mais bon, c’est la crise de la culture, ces messieurs ne touchent plus leurs millions (vraiment ? non parce que les chiffres disent le contraire en fait) et il est plus facile de s’attaquer aux citoyens (qui sont en l’occurrence les consommateurs qui alimentent la machine depuis des décennies) que de remettre en cause un modèle économique complètement dépassé par les technologies actuelles. Au final, HADOPI est un coup d’épée dans l’eau et, à l’image des projets pourris qui permettent à mes supérieurs de se faire mousser, il rassure les industriels, donne l’illusion aux politiques de maîtriser les nouvelles technologies (ah ah ah !) et offre au peuple une occasion supplémentaire de se plier un peu plus sous les coups de bâtons.
Vive la République, vive la France.
[Mise à jour du 15 avril : après un rejet à l'Assemblée Nationale le 9 avril dernier, le projet sera à nouveau étudié le 29 avril.]

Note : Cette affiche fait référence à une déclaration de notre ministre de la culture qui a qualifié de 5 gus dans un garage
les membres de la quadrature du net, farouches opposants à la loi Hadopi. Bon par contre, j’ai jamais posté une image aussi laide sur mon blog. Je crois que je le referai vite fait ce soir parce que là c’est vraiment pas possible.
Source : jaffiche via Standblog. Titre de ce billet emprunté aux Inrocks.