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You know the Designers Republic?

J’en chialerais presque tellement la nouvelle m’attriste : le britannique Ian Anderson a annoncé la fermeture du studio de design graphique The Designers Republic qu’il avait fondé 23 ans plus tôt. De ce presque quart de siècle d’activité, on connaît – et on retiendra – les nombreux visuels pour le label Warp Records1 et le duo Funkstörung2, mais surtout, SURTOUT, l’incroyable travail réalisé sur WipEout, le premier du nom, dont l’atmosphère entièrement créée par tDR3 n’a d’égal que l’exceptionnelle jouabilité et sensation de vitesse. J’en parlais il y a peu et je devrais cesser l’usage de superlatifs concernant ce jeu, sauf que, bien plus qu’un simple projet dans le book de tDR, WipEout illustre à merveille le style du studio anglais qui s’incrit – s’inscrivait – quelque part entre le graphisme maximum-minimaliste allemand d’après-guerre4 et le style japonais ultra moderne et faussement coloré (entre Robotech et Ghost in the Shell) pour obtenir un résultat au rationnalisme optimiste transposé dans la froideur minimaliste électro5.

Dans WipEout, tDR trace un parcours sans fin au milieu d’énormes ensembles architecturaux à la localisation improbable, le tout jonché de panneaux publicitaires titanesques. Les vaisseaux glissent aux couleurs d’écuries omni-présentes telles nos courses de voiliers, et l’on ne sait plus trop qui, de la multi-nationale ou de l’humain, tient la barre. Soucieux du moindre détail, le studio a même développé sa propre typo ostensiblement glaciale, bien en phase avec cette vision lisse d’une époque  déshumanisé6. tDR nous le dit : le futur (le présent ?) est en apparence propre et design, il est en réalité asseptisé et impersonnel. Pour le reste de son oeuvre, tDR utilise à outrance la police suisse ultra corporatiste Helvetica pour dénoncer la globalisation, un joli paradoxe que revendicait fièrement ce studio ouvertement anti-capitaliste au slogan annonciateur Work Buy Consume Die.

Souvent copiées, rarement égalées, les créations de tDR paraissent toujours originales et modernes, malgré l’explosion du dessin vectorial popularisé par Flash puis le récent retour du pixel art. Pour preuve, leurs sites web (the Designers Republic, The Peoples Bureau for Consumer Information, Pho-ku) restent d’une sobriété atemporelle exemplaire, là où beaucoup de créations semblent désuètes quelques mois seulement après leur sortie. Angry Man était leur mascotte et on la retrouve un peu partout dans leurs oeuvres, comme sur cette belle Swatch en série limitée que j’avais achetée presque innocemment en 1996 et que je porterai ces jours-ci en signe de doeuil. R.I.P Angry Man.

[1] Les sublimes visuels pour Aphex Twin (Aphex avec un corps de bimbo), Autechre (les pochettes hautement typographique), Board of Canada (les visuels psychédéliques/hippies), etc.
[2] tDR ou DR pour les intimes.
[3] Egalement dissous en 2006, décidemment…
[4] L’école d’Ulm pour ne pas la citer.
[5] C’est joli et c’est de Klaxxx qui écrit bien mieux que moi.
[6] Raison pour laquelle le WipeOut 4 (qui n’a pas été réalisé par tDR) est un insulte aux précédents épisodes : on NE DOIT PAS voir d’humain dans WipEout.

Plus d’infos sur Wikipedia. Source : Artkills.
Visuel : The Designers Republic’s Angry Man par Ian Anderson & Dan Fleetwood via flickr (en haut) et diverses créations issues de The Peoples Bureau for Consumer Information (au milieu et en bas).

Trip to London – Day 3

Les différences nord/sud ont la vie dure et je m’étonne de l’état d’ébriété des 3/4 de la clientèle du pub à 22h. En même temps, ils ont commencé à picoler à 17h juste après le boulot. C’est sans doute pour ça que le métro ferme à minuit. Le métro, parlons-en justement ! Et bien les parisiens peuvent être rassurés car si Londres semble à le pointe de la branchitude avec ses bars (trendy), restaurants (nouvelle cuisine1, magasins (design) et buildings2, les londoniens auraient mieux fait de ne pas mettre la charrue avant les boeufs. En effet, pas de bus en site propre, pas de vélib’ et même pas de ticket métro+bus… attention les gars, les J.O approchent !

Alors que je mitraille une devanture où Helvetica brille une fois de plus par sa grâce universelle, j’apprends que Colette célèbre les 50 ans de la police de caractère alors que j’ai déjà commandé le DVD collector il y a un mois. Ouah putain, c’est quoi le mot pour dire en avance sur la hype ? Pendant ce temps là, je me mets en jambe avec le sympathique Livemighty SF de Vin Sol & Morsecode.

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  • Insolite du jour : Les 7927 feuilles de menthe bio du gel douche Original Source ne sont pas là que pour la forme et je me suis fait un remake d’une pub Zest (remember…) sous la douche ce matin. Au moins ça réveille !
  • Plaisir du jour : En réponse à l’invasion estivale annuelle des anglais en Espagne, je savoure une San Miguel accoudé à un bar du quartier est. La mondialisation c’est vraiment n’importe quoi, vivement qu’il n’y ait plus de pétrole…
  • Bilan du jour : 3 jours de formation ça tue, demain je dors.

[1] À prononcer avec l’accent anglais, of course.
[2] Rien à faire, je préfère largement le phallus de la Torre Agbar à l’ogive de 30 St Mary Axe.

BCNeta!

On peut être sain d’esprit et pourtant craquer devant un camion poubelle. C’est ce qui m’arrive régulièrement à Barcelone lorsque je tombe nez à nez avec les éboueurs, une vulgaire poubelle ou une campagne de sensibilisation au tri des ordures ménagères. Il faut dire qu’il est difficile d’échapper à leur omniprésence dans la capitale catalane. Depuis quelques années (sans doute depuis les J.O), la municipalité met le paquet sur la propreté pour faire en sorte que la ville resplendisse1.

La version barcelonaise de « Propreté de la Ville de Paris » s’appelle BCNeta! et décline avec talent et simplicité la charte graphique de la ville. Jouant comme beaucoup d’autres services municipaux sur les trois lettres BCN qui sont ici bien plus qu’un symbole d’aéroport, BCNeta! s’affiche partout. La ville a une fois de plus choisi la police de caractère Helvetica2 pour dessiner le logo, ce qui ne peut me faire plus plaisir3.

Logo BCNeta, 2006

On sent bien que les locaux et les touristes ne sont pas aussi bien éduqués qu’un bavarois, mais on ne peut que féliciter l’effort de la municipalité en la matière. Il y a beaucoup de poubelles, des conteneurs à recyclage partout et les éboueurs travaillent 24h/24 quitte à nous réveiller à n’importe quel heure de la nuit avec leur compacteur on ne peut plus bruyant. Un des problème les plus frappants reste la propreté de la plage qui ressemble plus à une poubelle géante qu’à un tas de sable. La ville a donc mis en œuvre une campagne d’inspiration « comics ». Le mois dernier, à Barceloneta, j’avais pris en photo une affiche sympathique où un super héros combat un mégot de cigarette.

BCNeta, 2006

Dans le même genre, on m’avait parlé d’une campagne plus street marketing où des panneaux étaient directement plantés dans le sable. Je n’avais pas eu l’occasion de voir ça de mes propres yeux, mais je suis tombé dessus aujourd’hui et je ne pouvais résister à l’envie de vous la montrer.

BCNeta, 2006

Tout ça pour ça me direz-vous. Oui mais il faut bien que je m’occupe pendant ces quatre jours d’arrêt maladie. Et puis je n’avais jamais eu l’occasion de déclarer ma flamme à Helvetica et la typographie en général4. L’erreur est réparée.

[1] Barcelone n’est pas historiquement très propre (effet ville du sud vs. ville du nord) et pas aidée par les hordes de touristes.
[2] Qui eut cru que la rigueur helvétique plaise autant aux catalans ?
[3] Oui mais je me soigne.
[4] Shame on me !